Passer un bilan de QI, pour quoi faire ?

Saut à la perche

Nos clients ne sont pas tous des personnes à Haut Potentiel qui viennent chercher des points de repères après une détection. Beaucoup racontent d’abord leurs décalages, leurs questionnements, et se posent très souvent cette question : « Passer un bilan de QI, pour quoi faire ? Je ne suis pas intelligent, juste un peu plus malin que la moyenne. » D’ailleurs, je devrais dire « plus maline que la moyenne » car ce sont surtout des femmes qui nous appellent. Des mères, tout d’abord, qui sont en quête de réponses pour comprendre leurs enfants. Parfois, c’est même pour eux qu’on parle de détection en premier.

Alors, rapidement, on en parle en séance, de ce fameux test de QI. Vous aurez peut-être lu, déjà, tout ce qu’il faut savoir sur cet outil de positionnement. Des dizaines de resources existent sur Internet pour répondre à toutes sortes de questions à ce sujet. Mais des prises de position, vous n’en aurez probablement pas lu des masses. Donc, je vous propose celle de notre cabinet de conseil. Valable pour les enfants, pour les parents, pour les adultes. Celle qui nous a permis de comprendre notre propre compte-rendu de détection, pour commencer.

A l’origine du QI

Test Binet-Simon
Tableau de résultats du test Binet-Simon.

Si l’intérêt pour l’intelligence, la rapidité de l’esprit, le talent remonte aux premières civilisations, notamment parmi les grecs, la volonté de mesurer les écarts de fonctionnement cognitif date du début du XXè siècle. On disait encore “mesurer l”intelligence” à l’époque. Le concept change fortement depuis une dizaine d’années mais les amalgames entre les compétences cognitives et l’intelligence sont encore très ancrés dans le langage et dans la culture française.

Le premier test date de 1905. Ce sont deux psychologues qui s’y collent : Alfred Binet et Théodore Simon. Il a pour objectif de repérer les difficultés “chez les jeunes classes”. Contrairement à ce qu’on peut lire parfois, il installe le concept d’âge mental et non de Quotien Intellectuel. C’est William Stern qui invente la mesure du QI en 1912 : (âge mental / âge biologique) * 100. Si cette partie historique vous intéresse, vous serez tentés de visiter la page Wikipedia sur le sujet. Elle est bien fournie, voire un peu trop, à tel point qu’elle finit par créer un grand scepticisme à propos du QI. 

Utile ou pas ?

Alors, faut-il faire confiance au test de QI ? N’est-ce finalement pas une illusion ? Bien entendu, comme tous les outils, le test de mesure du QI a beaucoup de biais et peut induire à bien des mauvaises interprétation. Mais comme l’usage qu’on aura d’un marteau, on peut le trouver utile ou destructeur. Ceux et celles qui souhaitent découvrir comment se décompose le test de QI, la page la plus fournie est celle du blog “Tribulations d’un petit zèbre”. Les informations concernent le test pour les moins de 17 ans mais les différences avec le test pour adultes sont minimes.

Image d'un cerveau avec une loupeEn ce qui nous concerne, le test de QI actuel utilisé en France, dit “test de Wechsler” fournit trois types d’informations qui, selon nous, permettent de mieux se connaître :

  • le score global : au-delà de 130, on considère qu’on est en présence d’un fonctionnement cognitif à Haut Potentiel. Certains abaissent ce plancher à 125 dans certaines conditions. Un score global supérieur à 145 est le signe d’un “Très Haut Potentiel Intellectuel”. Sans tomber dans une caractérisation généraliste qui enfermerait les personnes concernées dans des stéréotypes, on doit admettre, par expérience, que le fonctionnement cognitif est assez spécifique dans ces deux paliers.
  • le résultat dans chaque domaine de test : compréhension verbale, visuo-spatial, raisonnement fluide, mémoire de travail et vitesse de traitement. Le ou la psychologue qui a fait passer les tests fournit des indications sur le déroulé de la passation. On y relève souvent les facilités, les écueils, la réaction à la difficulté ainsi que les signaux d’une peur de l’échec, d’une estime de soi faible, de stratégies de mobilisation, etc. Ce sont des indications très pertinentes pour travailler sur les leviers de progrès dans notre accompagnement.
  • la répartition des scores dans les domaines : si ces scores sont contenus dans un écart de 15 points, le profil cognitif est dit “homogène” (ou “complexe” selon la terminologie utilisée par Olivier Revol). Si l’écart est supérieur à 15 points, le profil est alors “hétérogène” (ou “laminaire”). Cette information n’est pas anecdotique car elle dit quelque chose sur le fonctionnement cognitif. Mais elle ne doit pas non plus être excessivement vue comme une typologie du comportement des HP. Nous l’utilisons comme une pièce supplémentaire dans le puzzle du portrait cognitif. 

Ce qu’il est et ce qu’il n’est pas

L’abus de langage qui consiste à considérer le bilan de QI comme “un test d’intelligence” est, hélas, encore largement répandu. Il fait beaucoup de tort à tout le monde.

Pour notre part, nous voyons le bilan uniquement comme une photographie du fonctionnement cognitif d’une personne, à un instant T de sa vie et dans les circonstances de la passation. Nous aimons utiliser la métaphore du moteur de voiture. Le test de QI est un passage au banc d’essai pour le cerveau. Dans une mise au défi de ses capacités, comment réagit-il ? Montre-t-il des aptitudes particulières ? Quels sont ses points forts et ses points faibles ?

Un jour, l’un des jeunes que j’accompagne m’a demandé : « et si je le rate, est-ce que ça veut dire que je suis idiot ? » On ne peut pas rater un bilan de QI. Il n’y a pas de résultat particulier à atteindre. Comme au saut à la perche, au moment de la compétition, à quelle hauteur le sportif parvient-il à passer la barre ? Tout dépend de son entraînement, de sa forme physique, de la température ambiante, du sommeil qu’il a eu la nuit précédente, de sa motivation, etc. Il n’y a donc aucune raison à considérer le bilan de QI comme une évaluation définitive de l’identité, de la personnalité, ni même de l’intelligence.

Au même titre que les résultats d’un banc d’essai pour un Ferrari ne disent rien d’autre que la performance du moteur et l’aérodynamisme du modèle, le bilan de QI apporte uniquement des indications sur le fonctionnement cognitif de quelqu’un. Rien sur son identité, rien sur sa personnalité, ni sur son “intelligence”.

Nous utilisons le test de QI pour conforter ou non l’hypothèse d’un Haut Potentiel Intellectuel, pour en connaître l’ampleur et les principales caractéristiques cognitives. Nous aidons nos clients à mieux se connaître sur la base des indications rédigées par le praticien qui a réalisé le bilan. Et surtout, nous travaillons avec ceux que nous accompagnons sur ce qu’ils en comprennent, ce que ça provoque en eux et comment s’appuyer sur ces nouvelles informations pour dépasser les “grains de sable” qui freinent le développement de leur talent.

Le test de QI a un nombre certain de défaut mais, puisque nous n’avons pas d’autre outil aussi précis ni aussi largement reconnu, nous nous devons d’en tirer le maximum, lucidement.

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