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4 pistes pour diminuer l’anxiété scolaire des enfants HPI

Forme sévère de l’anxiété, la phobie scolaire toucherait environ 120 000 enfants en âge d’être scolarisés. Elle atteint les garçons comme les filles, les bons élèves comme les moins bons, et toutes les catégories socioprofessionnelles. Le symptôme le plus grave est une angoisse croissante au moment de partir pour l’école, jusqu’à refuser de quitter la maison. Mais d’autres manifestations symptomatiques sont plus courantes : maux de ventre, nausées, maux de tête, sueurs, sensation de malaise. Pour de nombreuses raisons que nous allons aborder, l’anxiété scolaire des enfants HPI est assez fréquente, même s’ils se sentent bien dans leur école. Voyons comment les parents peuvent tenter de la diminuer.

Cinq types d’angoisses

Philippe Chamont est un psychanalyste qui a participé à la création du concept de Précocité Intellectuelle. Il relève cinq grands types d’angoisse chez les enfants à Haut Potentiel :

  • la peur de l’inconnu;
  • l’angoisse de l’échec;
  • l’angoisse du vide;
  • la peur d’abandon;
  • les angoisses métaphysiques.

Les angoisses scolaires d’un enfant HPI réunissent au minimum la peur de l’inconnu et la peur de l’échec.

Quelles sont les causes ?

L’anxiété scolaire peut s’expliquer par différentes causes qui s’additionnent entre elles :

  • Des causes individuelles : angoisse de séparation, phobie sociale (anxiété de performance comme la peur de parler en public ou de rater les examens). Souvent conscients de leur potentiel de travail, les enfants à Haut Potentiel se fixent des attentes personnelles élevées, y compris s’ils ne semblent pas toujours se donner les moyens de les atteindre.
  • Des causes conjoncturelles : un deuil récent dans la famille, un déménagement, un divorce, une nouvelle école, etc. L’enfant HPI est sensible. L’inconnu ou l’inattendu peuvent provoquer des angoisses. Les changements de rythmes de vie quotidien sont source de questionnement. Sa pensée foisonnante lui fournit toutes sortes de scénarios pour anticiper cette nouvelle situation. Et ils sont souvent très anxiogènes.
  • Des troubles inhérents : Olivier Revol souligne que l’anxiété « est constante chez les enfants surdoués. L’intelligence est logiquement anxiogène lorsqu’elle donne accès à des questionnements existentiels que le jeune enfant ne peut assumer. » Des troubles associés comme un dys ou un TDAH peuvent également provoquer des craintes d’échouer ou de ne jamais surmonter les difficultés.
  • Des causes environnementales : mauvaise entente avec des professeurs, ou harcèlement scolaire surtout.

Apprivoiser ses émotions

émotion enfant épuisé avec la tête dans les bras

Pour apprivoiser ses émotions, il faut commencer par les reconnaître. Il sera donc utile d’enseigner à son enfant à faire la différence entre une peur et une angoisse. La peur est une réaction normale à un signal de danger réel. Dans une situation de danger, nous allons ressentir une tension physique et psychologique qui va nous aider à entrer en action pour se protéger. Par exemple devant une agression imminente, notre corps va se mettre soudainement dans un mode de combat en augmentant la contraction des muscles et en aiguisant nos sens.

L’anxiété, elle, peut survenir à la suite de l’anticipation d’un danger futur ou de quelque chose de très désagréable qui pourrait arriver, en l’absence parfois d’éléments réels. Tout le monde éprouve de l’anxiété dans sa vie de tous les jours, elle peut être limitée dans le temps et avoir une intensité adaptée selon les situations de la vie. Par exemple, il est tout à fait normal d’éprouver de l’anxiété à la suite d’un examen ou d’un concours ; la crainte de ne pas obtenir son diplôme peut générer un sentiment de malaise mais cela ne doit pas paralyser son champ d’action. Apprenez-lui ensuite à mettre le bon mot sur son ressenti anxieux.

Prenez toujours ses sentiments au sérieux et expliquez-lui que vous comprenez qu’il puisse être angoissé par la situation. Il acceptera plus facilement cette émotion et aura moins tendance à l’exprimer à tout bout de champ. Si vous trouvez que votre enfant réagit excessivement, vous pouvez également lui dire gentiment. Votre attitude positive, bienveillante et assurée le rassurera. Il est important également que les parents sachent canaliser leurs propres émotions et, notamment, leurs propres angoisses liées à leur enfant. N’hésitez pas à vous mettre au clair aussi avec votre propres ressentis.

Agir sur l’estime de soi

La mésestime de soi est tellement répandue qu’on ne s’étonne même plus de la retrouver chez un enfant à Haut Potentiel, à savoir un être en devenir qui a un fonctionnement cognitif qui lui fournit d’excellentes bases d’apprentissage. Et pourtant, sans généraliser à outrance, il est hélas fréquent de rencontrer des élèves qui, après quelques années dans le système éducatif,  doutent excessivement de leurs aptitudes et de leurs capacités à réussir.

L’évaluation chiffrée, une mauvaise gestion de l’erreur par les enseignants, relayée par des familles inquiètes de la réussite de leur enfant, une ambiance de compétition permanente dans les cours de récréation, des relations sociales loin d’être paisibles entre enfants sont autant d’escarmouches qui minent petit à petit l’estime de l’enfant. Le Haut Potentiel ne protège hélas pas de ces dégâts profonds pour leur identité. Vous parents qui souhaitez renforcer l’estime de soi de votre enfant, à fortiori HPI, je vous propose de commencer par valider sa personnalité.

Votre fille ou votre fils est un être en plein apprentissage et elle ou il commet certes de nombreuses erreurs dans son cheminement vers la connaissance. Reconnaître ses traits de caractère, accepter avec lui son mode de fonctionnement cognitif complexe et raffiné, l’accompagner dans sa manière de manipuler le savoir sont autant de coups de pouce primordiaux pour l’aider à admettre sa propre valeur. La clef de l’estime est là. Un enfant qui se sent accepté dans ses forces et ses faiblesses se sentira mieux outillé pour affronter le quotidien et toutes les angoisses qu’il lui procurent.

Fixer des attentes réalistes

L’organisation actuelle de l’enseignement porte en elle une attente implicite de perfection que les parents relayent malgré eux. L’enfant imagine très souvent qu’on attend de lui qu’il obtienne la note maximale à chaque fois. Il est donc plus souvent que nécessaire déçu par ses résultats, aussi hauts soient-ils. Il développe très rapidement un sentiment d’échec récurrent qui mine l’estime de lui-même sans raison. Personne n’est performant dans tous les domaines. Rapidement, votre enfant aura développé des aptitudes et des préférences pour quelques matières parmi l’ensemble. Il est donc très important de fixer avec lui des attentes réalisables en relation avec ses goûts et ses capacités.

Un enfant qui se fixe pour objectif d’avoir une moyenne très élevée sera donc toujours déçu de lui-même s’il obtient une note inférieure la plupart du temps. Par contre, celui qui se donne pour objectif d’avoir une moyenne légèrement au dessus de ses résultats sera encouragé s’il y parvient. Fixez ponctuellement avec elle ou avec lui des objectifs de progression réalistes, ni trop élevés, ni trop bas. Vous contribuerez ainsi à diminuer l’angoisse d’échouer et la mauvaise estime de lui-même, ce moteur très puissant du découragement et de la peur de se confronter à une évaluation.

Relativiser l’évaluation

Depuis longtemps, j’explique aux enfants que l’objectif d’une évaluation n’est pas de fixer leur valeur mais de repérer un trou dans leur apprentissage. Je dois pourtant leur reconnaître que rien n’est vraiment fait, dans la salle de classe, pour les en convaincre. Au contraire, la place de l’erreur reste, année après année, synonyme de faute et de mauvais travail personnel. On les décourage ainsi très rapidement à se confronter à l’évaluation de leurs connaissances.

Enfant qui a une mauvaise note en classe

Pourtant, c’est bien un acte primordial que de vérifier qu’il ont appris tout le nécessaire. Cette angoisse de l’évaluation est soutenue par l’emploi assidu des notes chiffrées. Ce mode d’évaluation, très ancré dans les consciences des enseignants, des parents et, paradoxalement, des enfants est particulièrement néfaste pour les enfants HPI. Contrairement à ce qu’elle laisse penser, la note ne dit rien de la valeur scolaire de l’enfant mais dit tout de ce qu’il a appris et comment il l’a appris. il est de notre devoir de relativiser la place de l’évaluation dans la réussite de nos enfants.

Est-ce si difficile d’expliquer qu’une note de 12 sur 20 n’est pas « moyenne » mais qu’elle montre simplement que 8 points de savoir restent à être acquis ? Tout l’enjeu réside alors dans la nécessité de compléter ce qui n’a pas été retenu. Ni plus ni moins. Replacer l’évaluation dans son rôle d’outil et non dans un rôle de juge peut aussi aider votre enfant à diminuer l’angoisse d’une mauvaise note, ce qui, pour un enfant HPI n’est pas rien. En effet, son perfectionnisme (c’est-à-dire son besoin de produire le plus haut niveau possible) l’entraîne immanquablement vers des scénarios catastrophes où il n’est pas aussi bon qu’il le voudrait, voire qu’il le devrait selon son entourage.

Bref

Les enfants qui présentent des signes d’anxiété scolaire restent, fort heureusement, intéressés par les apprentissages. C’est souvent l’établissement lui-même ou le format de l’enseignement qu’ils ont du mal à supporter. Il est inutile de tenter de supprimer toutes les sources d’angoisse que provoquent chez votre enfant HPI ses incessants questionnements. Par contre, l’aider à apprivoiser ses angoisses, lui offrir du soutien moral dans ses micro-batailles, l’assurer de votre confiance, prendre le temps de décortiquer ses geysers d’anxiété, revoir ses objectifs personnels et remettre le regard de l’institution à sa juste place peuvent assurément lui permettre de se sentir moins seul face à l’angoisse scolaire. Mais soyons réaliste : c’est une tâche quasi-quotidienne. Bon courage à nous !

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