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A ceux qui parlent de « mode du Haut Potentiel »

Depuis des mois, et plus intensément encore ces dernières semaines, on peut régulièrement lire des articles sur  » la mode du Haut Potentiel « . Comment peut-on se permettre de tels propos quand ce profil concerne plus de 1,5 millions de personnes en France ?

Le Haut Potentiel n’est pas une lubie moderne.

J’avais 21 ans quand j’ai commencé à m’intéresser au Haut Potentiel. Je travaillais aux USA dans une école pour enfants bilingues. Une des salles de l’école était une classe où se retrouvaient les enfants détectés comme « Gifted ». Nous étions en 1993. Je ne savais pas vraiment ce que ça signifiait mais déjà, je sentais qu’il était important que les enfants reçoivent un enseignement adapté à leurs capacités d’apprentissage. Je ressentais déjà une forme de préoccupation pour eux. Personne autour n’imaginait critiquer cette opportunité pour eux de recevoir un enseignement adapté. Surtout, personne n’osait dire qu’il s’agit d’une mode. 25 ans plus tard, je suis devenu personnel de direction en collège. Parmi d’autres tâches, avec les enseignants, il m’incombait de fournir à tous nos élèves un parcours d’apprentissage qui respecte leur profil. Parmi eux, des enfants qu’on appelait « précoces » montraient souvent des signes de mal-être et de refus de scolarité. En même temps que je me documentais sur ce profil atypique, j’ai dû faire face à la doxa de nombreux enseignants qui ne voulaient pas adapter leur pédagogie pour eux. Parce qu’ils étaient « capricieux », « insubordonnés », « fainéants ». On me demandait pourquoi il fallait s’adapter à eux s’ils étaient si « intelligents ». D’ailleurs, leurs notes montraient qu’ils ne l’étaient peut-être pas tant que ça. Parfois même , on m’a dit que c’était un caprice des parents qui sur-motivaient artificiellement leurs enfants. C’était en 2018, le livre de Jeanne-Siaud Facchin était pourtant sorti depuis dix ans, l’Education Nationale venait de publier un Vademecum pour la prise en charge des Elèves Intellectuellement Précoces dans les établissements scolaires. Je trouvais évidemment quelques collègues volontaires pour faire le nécessaire mais pour combien qui nous considéraient comme des illuminés ?

Une campagne permanente de bashingfill triste assise dans l'herbe

Depuis que je consacre mon temps à accompagner les enfants et les parents à Haut Potentiel, j’entends très régulièrement que « c’est une illusion collective », que « c’est un marché juteux pour des charlatans » mais surtout que « c’est à la mode : tout le monde veut être Haut Potentiel ». Alors, oui, disons-le ouvertement : avec la diffusion de la série télé « HPI », le sujet reçoit une couverture médiatique encore plus grande qu’avant. Les émissions, podcast, articles, livres et séries qui parlent de ce sujet apparaissent par dizaines chaque semaine. A elles seules, les aventures de Morgane Alvaro, avec son QI de 160, a attiré plus de 11 millions de téléspectateurs en comptant les replay. Un record pour une série de télévision.

On parle de plus en plus du Haut Potentiel et c’est tant mieux.

La part de HPI dans la population est estimée à 2,3 %. En France, cela représente plus d’1,5 millions de personnes, dont 380 000 enfants. Certains chercheurs, comme Franck Ramus et Nicolas Gauvrit, concluent que les enfants HPI n’échouent pas plus que les autres. Leur étude montre de nombreux biais mais admettons. Par contre, Philippe Chamont, dans son livre sur la précocité intellectuelle, estime que 75% des enfants « précoces » souffrent de perturbations scolaires. Ils y aurait donc 280 000 enfants concernés par ce type de mal-être. Ils réussissent peut-être autant que les autres, mais dans quelles conditions ? Quel adulte deviennent-ils ensuite ? Quel quotidien construisent-ils ? De quelle citoyenneté se sont-ils imprégnés quand ils ont passé quinze ans à ressentir un fort décalage avec leurs pairs au sein d’un système éducatif qui les a au mieux méprisés au pire brimés parce qu’ils ne correspondaient pas aux standards de l’apprentissage ? Alors, comment peut-on oser parler d’effet de mode devant la souffrance d’enfants et les drames d’adultes précoces non accompagnés ? Les « broyeurs de potentialité » sont peu nombreux mais leur pouvoir de nuisance est immense tant ils parlent fort. Ne laissons plus leur stérilité intellectuelle nous fermer les yeux sur les besoins des enfants et des adultes concernés qui ont besoin de notre attention et de notre accompagnement lucide. C’est le XXIè siècle. L’ignorance est une maltraitance pour tous les profils atypiques. Sortons de l’obscurantisme cognitif.

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2 réflexions sur “A ceux qui parlent de « mode du Haut Potentiel »”

  1. Merci pour cet article. Une psychologue (que je voyais pour autre chose) m’a dit que j’étais probablement HPI peu avant la sortie de cette fameuse série télévisée. Depuis, je vois des articles partout et j’ai vu plusieurs fois cette fameuse phrase comme quoi « c’est à la mode d’être HPI ». Donc même si je me reconnais totalement et même si ma psychologue est sûre d’elle, je continue à douter à cause de cet « effet de mode »… qui en soi est ridicule ! On naît comme on est !

    1. Comme dans tous les effets de mode, ce sont surtout les considérations archétypales qui prédominent. Il y a donc de grands risques de ne pas se retrouver complètement dans les portraits et les analyses qui ont envahi l’espace public. Néanmoins, il faut se réjouir que le profil à haut potentiel accède peu à peu à l’intérêt de grand public sinon par divertissement ou par curiosité, mais surtout pour permettre à tous ceux qui sont concernés de mieux se connaître et de mieux se comprendre. Le HPI n’est pas une maladie ni un trouble, il n’est pas automatiquement la source d’un mal-être. Connaître ce profil permet à de nombreuses personnes de vivre davantage en harmonie avec leurs valeurs et leurs talents. Continuez à vous informer, peut-être un peu plus loin de la sphère médiatique. Vous connaissez le site http://www.rayuresetratures.fr ?

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